Séries

[Revue] Le Transperceneige

Le Transperceneige, une série de Josh Friedman

Le Transperceneige m’a toujours fasciné. Qu’il s’agisse de la bande dessinée que j’ai découvert totalement par hasard dans la bibliothèque de mon lycée il y a vingt ans, ou par la suite l’adaptation cinématographique qu’en a réalisé Bong Joon-Ho en 2013. J’adore détester ce monde dystopique dans lequel cette saga littéraire nous transporte et qui nous rend tellement mal à l’aise. Plus que la survie de l’humanité à bord de ce train, on assiste à une satyre de la société actuelle, exacerbant tous les aspects les plus vils des hommes, prêts à tout pour vivre et surtout survivre à bord de cette arche de Noé du 21e siècle.

Mais avant de vous dévoiler nos impressions sur cette série, on se remet dans le bain avec la bande annonce :

Synopsis

Sept ans se sont écoulés depuis que le monde est devenu une immense étendue glacée où règne une température de -121° Celsius. Les survivants de l’humanité ont trouvé refuge dans un train en perpétuel mouvement : Le Transperceneige. Composé de 1001 wagons, il tourne autour du globe à toute vitesse, sans jamais devoir s’arrêter, sous peine d’une mort certaine. A bord, la situation n’a pas empêché la lutte des classes, où certains vivent dans le luxe et l’opulence, alors que d’autres se battent pour survivre.

André Layton, un déclassé (comprendre un sans-billet) vivant en queue de train, ancien inspecteur criminel est sommé d’élucider un meurtre pour le compte de la 1e classe. Mais son enquête ne va pas se dérouler comme prévu…

Impressions

Il est très difficile de construire son impression de la série, sans faire aucune référence aux œuvres précédentes auxquelles elle est liée. Ces mêmes références qui ont posé l’univers et établies les lois régissant le monde du Transperceneige. Pourtant, il est important de comprendre que si ces trois œuvres partagent le même schéma directeur, la manière de le montrer et d’évoluer se fait de manière totalement différente et ne transcrivent pas la même histoire en fonction du média.

Dans cette série, nous suivons l’histoire d’André Layton, un passager vivant en queue de wagon et surtout le dernier inspecteur criminel de l’humanité. Alors qu’une révolution se fomente pour bouleverser l’ordre établi, il est sollicité par les passagers de l’avant du train pour enquêter sur un meurtre. C’est donc, tout son parcours au sein du train, que le spectateur va suivre, et c’est là, un des premiers reproches que l’on peut faire à la série : son scénario. Très classique dans sa construction, une banale histoire de meurtre qui vient bouleverser le pseudo “gouvernement” en place et remettre en cause la hiérarchisation présente dans le train. Malheureusement assez secondaire, on n’attendra pas grand chose de cet aspect-là de l’intrigue, si ce n’est la mise en place des jalons pour la suite de l’aventure.

Car, si dans la bande dessinée, nous suivions une personne seule qui a décidé de par elle-même de remonter l’ensemble des wagons du train pour échapper à sa misère, dans la série, la découverte est différente. En effet, en donnant à Layton, le droit de naviguer librement dans le train, on passe à côté de toute cette phase de découverte qui faisait le sel de la bande dessinée et même du film. On sent toutefois, que l’envie de montrer les différences entre les classes du train est présente, mais amenée parfois comme un cheveu sur la soupe, pour ne pas oublier le monde dans lequel le protagoniste vit, avec ses manques et ses envies. On regrettera justement, toute cette montée en puissance dans le luxe qui torturait Proloff dans la bande dessinée, et mettait à mal Curtis dans le film.

Si justement, la bande dessinée se basait sur l’histoire d’un seul homme, le film et la série, veulent nous faire suivre l’histoire d’un groupe d’individus (cet aspect reste toutefois, moins présent dans le film, où le groupe suit Curtis comme le bras armé de son mentor Gilliam). Layton étant malgré lui, le leader de tout un peuple, le poids de ses décisions qui lui semble toujours juste est contrebalancé par le personnage de Mélanie Cavill, qui pour chaque action qui lui semble bonne, trouve le contre pied et lui impose des choix moraux importants. C’est cette lutte entre les deux protagonistes que la série mettra en lumière. Et c’est un choix intéressant, l’un voulant la survie et l’égalité pour tous, l’autre voulant également la survie mais avec un système basé sur les différentes classes. Chaque vision nous ramenant à la société moderne et les sacrifices qu’elle impose parfois. Certains des personnages secondaires, ont assez de profondeur pour que l’on se prenne d’affection pour eux et ne sont pas de simples faire-valoir pour mettre en avant nos deux protagonistes principaux. En ce sens, la série réussit son pari.

Si pour des raisons évidentes, on ne détaillera pas ici l’intrigue. Il est intéressant de noter que l’on s’écarte rapidement du meurtre initial, qui se révèle être finalement peu intéressant en soit, mais qui va servir de levier pour un propos plus important pour la suite du récit, comme nous l’avons mentionné plus haut.

Et le train dans tout ça ? Qu’est-ce qu’il devient ? Et bien effectivement, l’action se déroule dans un train qui n’en finit plus de rouler, et les producteurs nous le rappellent régulièrement via des plans glaçants du monde extérieur (de peur que l’on ait oublié?). C’est justement un point intéressant de la saga, l’action évolue dans un train, mais là où dans la bande dessinée, la promiscuité pesante et claustrophobique était mise en avant, dans la série, le train ne sert qu’à matérialiser les barrières qui séparent les différentes classes. Et si la série, nous répète sans cesse que le Transperceneige a 1001 wagons de long, cette impression de longueur justement n’est jamais ressentie par le spectateur, de même que la nécessité de posséder différents types de wagons. On aurait aimé que l’importance de certaines ressources soit vraiment mis en avant. De fait, on a un peu de mal à visualiser un train de plusieurs kilomètres de longs alors que les protagonistes le parcourent en deux ellipses. Mais ceci, n’empêche pas la compréhension de l’histoire et ajoute parfois des moments de tensions extérieurs qui sont les bienvenues pour entretenir l’intrigue au cours des épisodes.

Conclusion

Une très bonne surprise que cette 1e saison du Transperceneige. Si les deux premiers épisodes trainent un peu en longueur, ce n’est que pour compenser les multiples rebondissements qui ponctuent tout le récit. Ne tombant pas totalement dans le piège facile du cliffhanger de fin d’épisode qui est devenue la norme dans la plupart des séries contemporaines, le Transperceneige aura le mérite de revisiter le film de 2013 avec brio et amenant de nouvelles intrigues qui n’ont pas été explorées avant.

Certes, elle n’aura pas l’impact et la portée de Game of Thrones ou même Breaking Bad; mais elle reste tout de même très plaisante à regarder, et il nous tarde de découvrir la saison 2 qui est prévue pour 2021 si tout va bien (la crise du COVID-19 passant par là).

Synthèse

excellent
73 100 0 1
La série sur le Transperceneige, permet de passer un très bon moment. Pas exempte de défauts, elle met en place un récit cohérent et assez fidèle au matériau de base de la bande dessinée, même si elle est revendiquée comme une adaptation du film. Une très bonne surprise, qui amène le spectateur à se poser des questions sur la condition humaine et sur les limites que l'on est prêt à dépasser pour survivre.
excellet
73/100
Total Score
  • Scénario
    60/100 Sympathique
    L'enquête pour meurtre qui sert de prétexte à l'introduction du train est relativement vite oubliée. En revanche, tout ce qui en découle par la suite, pose des questions existentielles sur notre mode de vie et notre dépendance à certains besoins.
  • Qualité Visuelle
    85/100 Fantastique!
    Pour une série télévisuelle, il faut reconnaître que la qualité est au rendez-vous. Naviguant sans cesse entre la crasse des wagons de queue et la propreté des wagons de tête, le rendu est remarquable pour mettre en avant toute cette diversité.
  • Les acteurs
    75/100 Très Bien!
    Le duo d'acteur qui porte cette 1e saison est solide. Daveed Diggs et Jennifer Connelly sont à leur place dans leurs rôles respectifs. Mention spéciale à Mickey Summer dont la personnalité tiraillée évolue au fil des épisodes.

On aime

  • L'univers bien retranscrit
  • Les nombreux rebondissements
  • La mise en scène de certains épisodes

On aime moins

  • La découverte du train maladroite
  • Une intrigue qui peine à démarrer
  • Certains personnages oubliables
Tags : Septième ArtSérie
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