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[Test] Ghost of Tsushima

Ghost of Tsushima, un jeu de Sucker Punch

Annoncé lors de la Paris Game Week de 2017, Ghost of Tsushima aura fait couler beaucoup d’encre, notamment pour sa direction artistique épurée, le sujet et les différentes thématiques abordées, mais surtout par l’époque et le lieu choisi. Le studio américain Sucker Punch a pris le pari de proposer un jeu que l’on aurait pu pensé développé par le pays du soleil levant, pourtant, il n’en est rien ! Alors, est-ce l’ultime chant du cygne pour une Playstation 4 en fin de vie ou simple pétard mouillé auréolé d’un effet wahou ? Les promesses faites par le studio ont tout pour plaire, surtout en cette période de post-confinement un peu faible en termes de jeux vidéo !

Mais avant tout, et surtout pour le plaisir des yeux et des oreilles, on se replonge dans cet univers, en regardant à nouveau la bande annonce officielle du jeu en français :

Histoire

Le jeu prend place dans une période sombre de l’Histoire japonaise au cours de l’ère Bun’ei, et plus précisément en 1274 pendant les prémices de l’invasion mongole sur l’île de Tsushima. Nous y incarnons le jeune Jin Sakaï, dernier héritier du clan Sakaï mais également neveu du Jitõ Shimura (comprendre ici, le seigneur de l’île ou l’intendant qui exerce le pouvoir par délégation du Shogun), terrassé lors de l’assaut dévastateur des hordes mongoles. Sauvé d’une mort certaine par une voleuse du nom de Yuna, notre héros esseulé va devoir mettre de côté l’honneur des samouraïs et leur code de conduite morale pour tenter de repousser l’envahisseur en devenant un assassin aux méthodes discutables pour ses pairs.

Comme nous l’avons dit précédemment, le récit de notre héros prend place dans un contexte historique réel : la prise de l’île de Tsushima par l’armée mongole, première étape de la conquête du Japon par Koubilaï Khan. Toutefois, le héros du jeu en la personne de Jin et son antagoniste mongol principal Khotun Khan sont tous deux des personnages de fiction. Il serait donc malvenu malgré une forte volonté d’ancrer le récit dans un segment véritable de l’Histoire, de penser qu’elle reflète la réalité. Et c’est justement dommageable, car l’on s’attache énormément au héro et à sa quête de justice. Néanmoins, cela n’enlève rien à la trame narrative du jeu qui est maîtrisée de bout en bout !

Le joueur sera également amené à se questionner sur ses propres choix alors que l’on progressera de plus en plus dans l’aventure, mettant en avant l’art de vivre fier et digne des samouraïs; mais surtout la manière de mourir qui se révélera être au final une des plus grandes interrogations du jeu et instaurera un climat de défiance tout au long de l’aventure. Mais nous aborderons ce sujet dans un autre paragraphe de notre test, qui présentera les différentes valeurs qui sont véhiculées dans le jeu.

Gameplay

Ghost of Tsushima propose au joueur un monde ouvert assez vaste, doté d’une exploration par un découpage en zones que l’on débloquera au fur et à mesure de l’aventure. A noter néanmoins, que seuls quelques endroits très minoritaires demeurent inaccessibles car liés à des évènements impactant dans le jeu (quête de reconquête, phase d’infiltration, cinématique, ou autre…). On retrouvera donc, les mécaniques connues et reconnues utilisées dans les tauliers du genre, tel les derniers Assassin’s Creed ou encore le plus iconique The Witcher (qui a suffit à lui seul à ré-découvrir les phases d’exploration).

Remarque : Si l’on ne peut s’empêcher de comparer la découverte de la carte avec les mécaniques similaires des autres jeux références du genre, il est à noter que les fameux points d’intérêts ne seront pas marqués sur la carte en escaladant une tour ou en déverrouillant une zone. L’exploration et la découverte sont libres et se feront au hasard de nos rencontres.

Et c’est justement un point fort à mettre en lumière, le développement du jeu a été pensé pour mettre en avant l’immersion avant tout. Exit donc, les cartes en encart dans l’interface du jeu, pas de boussole pour nous indiquer la direction de l’objectif le plus proche, ici, tout se fait via le vent que l’on peut “invoquer” à l’envie sur une simple pression du pad central. Tout ceci dans le but évident de proposer une expérience riche et enivrante, sans interruptions par des éléments qui cassent le gameplay. On retrouve l’état d’esprit épuré et de sérénité que veut véhiculer le jeu, et rien que pour ça, on ne peut que saluer le geste.

Comme nous l’avons écrit précédemment, s’il n’existe pas de checkpoint déverrouillant un ensemble de points d’intérêts sur la carte, c’est encore une fois, une volonté du développeur de proposer un jeu très immersif, où le joueur va évoluer et découvrir les endroits qu’il doit visiter par des rencontres avec les autochtones ou des ennemis qui lui diront où se trouve la prochain point d’intérêt. Hélas, si sur le papier cette idée est très bonne, la répétitivité des actions à mener, nous fait vite comprendre qu’il suffit de croiser un prisonnier dans une bande de soldat et de libérer pour connaître l’emplacement de la prochaine zone à explorer. On aurait aimé pouvoir effectuer le même travail de collecte d’information, mais de différentes manières, ce qui devient, hélas, un peu routinier surtout vers la fin du jeu.

Remarque : N’ayez pas peur de rater un camp ou une mission, le jeu est assez généreux avec le nombre de PNJ à sauver, ce qui vous donnera un nombre gargantuesque d’occasions de récupérer les précieuses informations ! Cela reste cohérent pour le titre proposé, mais on aurait peut-être aimé un peu plus de difficulté pour ne pas trop faciliter l’exploration.

Ghost of Tsushima est donc, vous l’aurez compris, un RPG, mais qui se veut très accessible pour l’ensemble des joueurs habitués ou non à ce type de jeu. Ici, pas de regrets d’avoir dépensé un point de compétence dans un gadget finalement peu utile, car il est possible sur la fin du jeu de débloquer l’intégralité de l’arbre de compétences. Toutefois, si l’on regrettera que l’aspect customisation de nos compétences ne soit pas très poussé, on notera quelques subtilités avec notamment la possibilité de débloquer plusieurs postures de combats, chacune ayant un domaine de prédilection (forte contre les épées, contre les boucliers, etc…). Ces postures auront le mérite de rendre les combats plus dynamiques à défaut d’être lisibles par moment.

Comme cela a été plusieurs fois montré lors de différentes sessions de présentation du jeu, le joueur a la possibilité d’évoluer de deux manières différentes : soit en tant que guerrier samouraï préférant l’honneur et la gloire à la supercherie et aux subterfuges, auquel cas, chaque combat que vous réaliserez pourra être débuté par des duels en face à face avec vos ennemis (ces scènes sont absolument magnifiques et je me suis surpris à commencer bon nombres de combats de cette manière). On retrouve dans ces scènes, l’essence même du film de samouraï, et personnellement, j’ai adoré. Ou alors, en tant qu’assassin, tueur de l’ombre agissant sans honneur et furtivement. Toutefois, cette approche intéressante également n’apporte pas les mêmes sensations que la voie du samouraï, mais reste suffisamment intéressante pour être exploitée jusqu’au bout du jeu.

Graphismes

Lors des premières vidéos de présentation du titre, la qualité visuelle impeccable et très sobre du titre était mise en avant. De plus, pour un jeu qui veut rendre un hommage vibrant aux cinéma de genre, il fallait que les graphismes soient à la hauteur de l’ambition du projet. et, sur ce point, il faut avouer que la production de Sucker Punch a brillamment atteint ses objectifs : le jeu est beau, très beau!

En effet, dès le début du titre et son paysage de désolation lié à la guerre, nous sommes ébahis, car la véritable force du jeu réside dans la contemplation des décors qui nous sont présentés. Mais cette sensation est renforcée lorsque l’on s’aventure dans le monde ouvert qui nous est offert et que l’on découvre tous ces lieux. Car oui, Ghost of Tsushima est transcendé par le paysage qui vous entoure, plus qu’un simple décor, l’île en elle-même raconte une histoire, et l’on prend un grand plaisir à explorer les différents biomes qui la composent. Tous les décors respirent la quiétude et l’on se sent de suite happés par l’atmosphère que le studio a réussi à créer.

Remarque : On notera également certaines attitudes de notre héro qui servent uniquement à renforcer l’immersion, comme par exemple, le fait de traverser un champ et qu’il se baisse de son cheval pour effleurer les fleurs environnantes. Ce sont ce genre de petits détails qui font d’un jeu, un grand jeu.

Une des principales fonctionnalités est la possibilité de basculer l’intégralité du jeu en noir et blanc avec un filtre vieille pellicule, loin d’être un gadget, ce mode permet de faire l’intégralité du jeu tel un authentique film de samouraï. Pour autant, jouer tout le jeu avec ce mode activé dépendra surtout des goûts et des envies de chacun. Néanmoins, lors d’une série de victimes, le joueur aura la possibilité de passer en mode “Fantôme” pendant quelques instants, qui en plus de nous gratifier d’un moment très badass, fait référence aux plus grandes scènes de films japonais, avec un changement de ton puis de couleurs pour mettre en avant ces moments assez iconiques. C’est un vrai plaisir et l’on se prend au jeu de le déclencher le plus souvent possible, pour admirer tout ces effets de styles.

Remarque : Nous faisons clairement le choix de ne pas trop en dire sur les différents effets cinématographiques du jeu, car ils font également partis de la surprise qu’il procure. Indubitablement, Sucker Punch a fourni un copie très propre et le résultat ravira vos yeux.

Bande son

L’envie du studio Sucker Punch était de redonner vie à un univers cohérent et réaliste du Japon féodal. Il faut pour cela que la narration soit portée, non seulement par une histoire intéressante à raconter, mais également par une ambiance sonore qui doit retranscrire les émotions, et l’art de vivre des samouraïs. Sur ce point en particulier, Ghost of Tsushima nous fait part de ses thèmes très inspirés, tout en restant extrêmement sobre. Ici, oubliez les musiques à tout bout de champs, et les thèmes sur-orchestrés (même si certains passages seront bien évidemment accompagnés de musiques fortes, pour renforcer encore le moment épique que le joueur vit).

Élément à part entière du jeu, le silence joue un rôle important, non seulement pour capter l’attention, mais également pour se sentir vibrer pendant les duels, ou encore pendant une infiltration en mode ninja. Et c’est une force du titre : sa bande son est très réussie, et nous fait penser à un film dont on est le héros, du début à la fin. Le retour à la réalité est parfois difficile, tellement la plénitude et l’art de vivre des samouraïs est très bien retranscrit.

La bande son de Ghost of Tsushima sait rester très sobre et c’est exactement ce dont le jeu avait besoin, une bande son qui renforce encore plus l’immersion en restant très cohérente avec l’esprit du jeu. On joue un assassin, dans un univers qui respire le calme et la réflexion sur la condition, le sens de la vie, etc… On adore !

Durée de vie

Comptez une trentaine d’heures pour réaliser l’intégralité de l’histoire principale ainsi que la plupart des quêtes annexes. Ce qui est une durée de vie très honorable compte tenu des standards actuels. Comptez plus une quarantaine d’heures pour terminer le jeu dans son intégralité (viser le 100% de collectibles disséminés sur la carte, et le trophée platine).

Ghost of Tsushima propose donc une durée de vie conséquente, toutefois, on reste encore très loin d’un jeu tel que The Witcher qui avoisinait les 150 heures de durée de vie (DLC compris), et au final, ce n’est pas un mal. Rares sont les joueurs qui peuvent actuellement jouer autant de temps sur un seul titre. Ce n’est toutefois, pas problématique pour autant, la faute à un système de quêtes qui n’est pas des plus variés, et un peu trop répétitif à mon sens. On aurait aimé un peu plus de diversité sur le long terme, mais cela reste un agréable moment et l’on ne s’ennuie pas durant tout le long de notre aventure manette en main.

Remarque : C’est d’ailleurs une des raisons qui font que la durée de vie du prochain titre de CD Projekt Red : Cyberpunk 2077 n’excédera pas les 50 heures, pour l’histoire principale. Car trop peu de joueurs ont terminé l’histoire qui se trouvait jalonnée par trop d’éléments scénaristiques secondaires.

Valeurs

En dernier lieu de cette revue, il apparaît important d’évoquer les valeurs que véhicule le jeu au travers des différents sujets qu’il aborde. En effet, comme nous l’avons montré tout au long de notre article, l’atmosphère présente et la manière de vouloir utiliser le média du jeu vidéo pour le faire ressembler à un film, tant par son ambiance sonore que par les plans utilisés a pour but de mettre en avant le mode de vie des samouraïs, ainsi que leurs cultures.

En effet, de part la nature de l’histoire qui nous est contée, et le chemin que va devoir suivre notre protagoniste pour mener à bien son projet de vengeance, le code d’honneur des samouraïs sera mis à rude épreuve. Pour analyser le changement qui sont amenés à se produire, il faut comprendre les origines de la voie du samouraï qui est imprégnée du bouddhisme zen. En effet, il se base sur le raffinement et les diverses cérémonies du thé ou du théâtre Nô entre autres. Il faut également savoir que le respect du mode de vie strict et de son code de conduite amènent à la création du code du “Bushido” (ou voie du guerrier), suivi par les protagonistes du jeu. Il faut vivre en guerrier et surtout être capable de mourir en guerrier : avec gloire et honneur !

Le bushido met donc en avant, les valeurs de respect, de dignité, et surtout d’honneur envers son ennemin, qui font la fierté des samouraïs japonais mais dont les mongols sont dépourvus. Toutefois, Jin au travers de son parcours chaotique, va comprendre que la guerre n’amène aucun honneur et qu’il faut parfois savoir sacrifier celui-ci pour remporter la bataille. Il est d’ailleurs très intéressant de voir cette dualité retransmise au travers de la relation que le héros entretien avec son oncle. Ce paradoxe est très largement mis en avant lors de notre aventure. Le Jito est moins prompt à enfreindre le code qui pourtant l’a conduit à une défaite cinglante et qui ne doit son salut que par les méthodes peu orthodoxes pour lui que celles de Jin : Doit-il lui pardonner ? Est-il capable d’accepter les sacrifices qu’il est amené à faire pour gagner ce combat ?

Ces questions sont très bien amenées dans le jeu et l’on sent qu’elles tiraillent vraiment Jin lors de son aventure. On regrettera un petit peu que certaines répercussions soient passées sous silence et traitées uniquement au détour d’un dialogue laconique entre deux scènes, mais il s’agit ici d’une petite facilité d’écriture par rapport à tout ce qui est montré dans le jeu, que l’on pourra donc facilement pardonner.

Conclusion

Au cours de cette analyse, je me suis rendu compte que mon avis ne reflètait pas le plaisir que j’avais pris à parcourir ce jeu et que j’avais surtout mis en avant ses défauts plutôt que ses qualités. Car oui, Ghost of Tsushima est un pur régal pour les yeux et les oreilles et quiconque adore l’univers des samouraïs (dont je fais parti bien évidemment) aimera ce jeu. Les développeurs de Sucker Punch ont réussi leur pari de rendre ses lettres de noblesses au jeu de samouraïs. Si l’on ne peut s’empêcher de remarquer quelques erreurs (que nous qualifierons de jeunesse) lors de notre exploration, je n’ai qu’un seul espoir pour l’avenir, c’est que ce Ghost of Tsushima ne soit que le pré-quel d’un autre jeu dans la même veine corrigeant les défauts rencontrés ici. Et j’espère que l’on vient d’assister à la naissance d’une nouvelle licence, telle Assassin’s Creed…

Synthèse

Synthèse
80 100 0 1
Ghost of Tshushima est un très bon jeu qui souffre de quelques erreurs de jeunesse. Pour sa première production sur un jeu d'une telle envergure le studio Sucker Punch a rendu une copie presque parfaite et il ne manque pas grand chose pour que le titre soit un incontournable. En espérant que ce premier galop d'essai soit accompagné d'une suite encore plus réussie dans quelques années qu'il nous tardera de découvrir!
Ghost of Tshushima est un très bon jeu qui souffre de quelques erreurs de jeunesse. Pour sa première production sur un jeu d'une telle envergure le studio Sucker Punch a rendu une copie presque parfaite et il ne manque pas grand chose pour que le titre soit un incontournable. En espérant que ce premier galop d'essai soit accompagné d'une suite encore plus réussie dans quelques années qu'il nous tardera de découvrir!
80/100
Total Score
  • Histoire
    70/100 Plutôt Bon
    Mêlant période historique réelle et fiction, l'histoire nous fera vivre quelques scènes fortes lors de l'aventure. Une écriture parfois en dents de scie, mais dans l'ensemble réussie qui nous donne envie d'en savoir toujours plus.
  • Gameplay
    75/100 Très Bien!
    Dans l'ensemble correct, les combats souffrent parfois d'une lecture un peu confuse de par le nombre d'ennemis présents à l'écran. On regrettera l'absence d'un système de lock.
  • Graphismes
    80/100 Très Bien!
    Très beau, sans être parfait avec de magnifiques effets de lumière sur certains angles et certaines scènes qui nous en mettent plein la vue. Quelques ralentissements parfois, mais rien de génant.
  • Bande son
    95/100 Parfait!
    Un délice pour les oreilles, elle représente le meilleur pan du jeu. Souvent sobre et jamais trop surchargée, elle offre un spectacle auditif de qualité.

On aime

  • Visuellement sublime
  • Une bande son excellente
  • Enfin un jeu de samouraï !

on aime moins

  • Des combats brouillons
  • Certaines quêtes répétitives
  • Des actions sans répercussions réelles
Tags : JeuxVidéo
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